mercredi 28 décembre 2011

EN « DALTONIE »

Je n’ai pas, hélas ! l’honneur, ni le privilège de bénéficier des avantages du salon d’honneur de notre hangar national, encore moins d’une flèche pour mes déplacements, toutefois du haut de mon statut de citoyen ordinaire, une utilisation décente des espaces de l’aérogare, ou des feux rouge  devrait être tout aussi ordinaire pour des gens de mon acabit.    La gestion de l’aérogare reflète une mauvaise image des Sénégalais, surtout lorsque l’on connaît les standards internationaux dans ce domaine. Un « peuple » hétéroclite a complètement colonisé l’espace : vendeurs à la sauvette, trafiquants en tout genre, mendiants, déficients mentaux …que sais-je encore. 

Imaginez un instant le regard inquiétant et méprisant que les étrangers de passage doivent porter sur nous. Surtout que les taxis en fin de carrière servent de berlines pour relier le centre ville. Quelles techniques d’accueil pour un pays à vocation touristique.   Le syndrome Sénégalais est passé par là. Sandaga, ce n’est pas qu’un marché, c’est un état d’esprit. Le mode de gestion de l’espace rural est entrain de détruire Dakar. Lieu de travail, lieu de vie, lieu de loisir dans un même espace. L’indifférenciation des espaces induit donc, logiquement une continuité et une confusion des activités. Espace public ne signifie pas pour nous espace à partager, c’est plutôt un no mans land , il appartient  à personne, chacun en fait ce qu’il veut. Mais au delà de l’analyse explicative, il me semble que ce dont nous souffrons le plus dans ce pays c’est le laissez aller, pire c’est le « laissez-deux » les adeptes de la petite reine sauront se reconnaître. Les droits et les privilèges que nous confère notre poste de travail, alors ça ! on ne rigole pas avec, par contre les devoirs et les responsabilités c’est pour les autres. 

De fil en aiguille personne n’est responsable de rien, la conséquence qui en découle est l’existence de toute une filière de propagation des missions non assumées. Pour rester dans l’air du temps je m’accroche au titre d’une récente pièce de théâtre intitulé « feux rouge » qui d’après la trame symbolise l’espoir pour les mendiants qui peuplent notre capitale. Au sens propre les feux de circulation routière constituent un dispositif permettant la régulation du trafic routier entre les usagers de la route, les véhicules et les piétons. Chez nous, il représente un miroir avec des effets grossissants des perturbations mentales, socio-économiques et culturelles de notre société. Les sociologues analyseraient le phénomène comme un lieu de régulation sociale, c’est la sécurité sociale version Sénégalaise. Mais, puis que le regard dépend de la position de l’observateur, je me permettrai d’avoir une autre lecture tout en partageant l’analyse précédente. Vous avez certainement remarqué comme moi, qu’il n’existe plus de feux rouge au Sénégal, la faute est entièrement imputable aux autorités étatiques. Mais l’explication la plus frappante pour moi relève de l’ordre du psychisme. En effet depuis l’an 2000 le pays est installé dans un système de course poursuite, de camouflage et de chienlit. Or le feux rouge impose l’ordre : il faut s’arrêter, mais s’arrêter devient un risque social pour quel qu’il qui fuit le regard des autres. Donc il faut une flèche pour que tous les feux rouge devienne vert, mais le problème se complique lors que tous les chefs et les sous chefs procèdent de la même manière, alors le privilège fonctionne sous le mode de la loi normale. Nous avons simplement fini par banaliser les feux rouge au point de les détruire. 

Ainsi nous sommes devenus tous des daltoniens, nous voyons partout du vert à la place du rouge. Entre nous, les yeux dans les yeux je ne crois pas, alors pas du tout, au développement du Sénégal avec un tel mode de management. Certains disent que les Africains ne sont pas responsables, je souscrits entièrement à cette affirmation, mais en rajoutant que ce sont d’abord les responsables qui ne sont des responsables. Il me semble que la meilleure des répliques, c’est d’avoir des comportements responsables de l’ouvrier au Président de la république, tout le reste n’est que pure théorie. 

                                                         Baye Ibrahima DIAGNE

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