Monsieur le ministre d’Etat vous dites bonne gouvernance !
Je
me suis dis, cette déclaration mâtinée de frustration pouvait se
comprendre de par la manière inélégante par laquelle son excellence a
été éjectée, mais si on l’analyse sous le prisme de la temporalité, elle
est venue sur le tard. Autant sur l’acte 1 je suis sous l’angle de
l’analyse et de la compréhension, autant sur l’acte 2 je suis dans la
désolation la plus totale. En effet dans l’acte 2 son excellence nous
dit « Psitt ! n’allez pas trop vite en besogne je suis toujours avec
Wade ». Cette wade attitude qui consiste à tresser des lauriers
labyrinthiques au président à chaque fois qu’un responsable est démis de
ses fonctions est tout de même burlesque. Quoique ce genre de
déclaration en wadésie relève d’une stratégie qui consiste à attendre
encore une fois son tour vu que la roue libérale tourne très vite.
Je
disais donc, excellence que de la bonne gouvernance il faut qu’on en
parle ici et maintenant, cette fois-ci avec beaucoup de liberté, et à
propos aussi de ceux qui prennent énormément de liberté avec elle.
De
mes lectures, la définition de la bonne gouvernance comprise en tant que
l’équivalent de ce que les anglo-saxons appellent « good gouvernance »,
celle qui me semble être la plus juste se décline ainsi : « La bonne
gouvernance peut être entendue comme la
gestion des affaires publiques par la génération d’un régime (ensemble
de règles) accepté comme légitime visant à promouvoir et améliorer les
valeurs sociales auxquelles aspirent individus et groupes » . Je n’ai
aucun doute excellence, que nous partageons la
quintessence de cette assertion, mais je suis moins sûr que cette
similarité de nos convictions implique de ma part une solidarité sur la
posture politique qui est la vôtre.
Toutefois
il faut reconnaître que la notion de bonne gouvernance renferme en
lui-même certaines confusions et ambigüités liées certainement à son
origine, aux motivations et à sa diffusion en Afrique.
Historiquement,
le concept de gouvernance a été formulé explicitement en 1989 dans un
rapport de la banque mondiale intitulé « De la crise à une croissance
durable » (dit aussi ‘rapport Berg’, du nom de son auteur). Ce dernier
partait du constat qu’un environnement favorable au marché, que visaient
les programmes d’ajustement structurel, n’était pas une condition
suffisante du développement. Ainsi ce rapport prenait-il en compte les
dimensions politiques et culturelles du déclin de l’Afrique, en
dénonçant dans la foulée le mauvais fonctionnement des administrations,
la corruption, le laxisme dans la gestion des affaires publiques. Il
pointait aussi du doigt un certain type de régimes clientélistes et
illégitimes qui inhibaient le développement et qui, à ce titre
ressortaient du domaine d’intervention de la banque mondiale.
Lorsque furent lancés, dans les années 90, les processus de démocratisation et les conditionnalités politiques des aides au développement, les bailleurs des fonds s’alignèrent sur les espoirs suscités par cette nouvelle vague démocratique; ainsi, du coup, les exigences d’une bonne gouvernance vinrent se confondre avec celles de la démocratisation des régimes africains. Ainsi la banque mondiale non seulement discutait de la gouvernance en termes de réformes du secteur public, de responsabilité politique, de légitimité du régime et d’institutionnalisation du pouvoir par opposition à son usage personnel, mais mettait aussi l’accent sur l’importance du pluralisme politique notamment sous ses exigences de la participation et de la décentralisation.
Mais progressivement, bonne gouvernance et démocratie vont être dissociées, même s’ils continuent de se chevaucher. En effet, la démocratie a pour éléments constitutifs le pluralisme, la concurrence, les élections libres au suffrage universel, le constitutionnalisme, etc. La gouvernance, elle, n’a pas besoin d’impliquer un mode démocratique de choix ou une forme spécifique de responsabilité publique comme les élections concurrentielles ; elle est moins associée avec les droits des minorités, et elle n’exige pas la participation directe du gouverné d’une manière significative aussi longtemps que le régime (ensemble de règles) est largement connu et respecté.
C’est pourtant dans cette confusion conceptuelle que les « donateurs » occidentaux vont inscrire l’exigence d’une « bonne gouvernance » dans leurs relations avec l’Afrique.
Dans cette optique excellence, je crains que la bonne gouvernance soit un arbre paradisiaque qui cache une forêt de démocrature. Lorsque furent lancés, dans les années 90, les processus de démocratisation et les conditionnalités politiques des aides au développement, les bailleurs des fonds s’alignèrent sur les espoirs suscités par cette nouvelle vague démocratique; ainsi, du coup, les exigences d’une bonne gouvernance vinrent se confondre avec celles de la démocratisation des régimes africains. Ainsi la banque mondiale non seulement discutait de la gouvernance en termes de réformes du secteur public, de responsabilité politique, de légitimité du régime et d’institutionnalisation du pouvoir par opposition à son usage personnel, mais mettait aussi l’accent sur l’importance du pluralisme politique notamment sous ses exigences de la participation et de la décentralisation.
Mais progressivement, bonne gouvernance et démocratie vont être dissociées, même s’ils continuent de se chevaucher. En effet, la démocratie a pour éléments constitutifs le pluralisme, la concurrence, les élections libres au suffrage universel, le constitutionnalisme, etc. La gouvernance, elle, n’a pas besoin d’impliquer un mode démocratique de choix ou une forme spécifique de responsabilité publique comme les élections concurrentielles ; elle est moins associée avec les droits des minorités, et elle n’exige pas la participation directe du gouverné d’une manière significative aussi longtemps que le régime (ensemble de règles) est largement connu et respecté.
C’est pourtant dans cette confusion conceptuelle que les « donateurs » occidentaux vont inscrire l’exigence d’une « bonne gouvernance » dans leurs relations avec l’Afrique.
Par
ce nouveau précepte, on s’accommoder de tout régime qui assure la
performance de l’administration publique, la sécurité, la croissance
économique et la stabilité politique, fut-ce en dehors de toute
légitimité populaire ou démocratique. Ainsi, parmi les régimes réputés
de bonne gouvernance et qui sont devenus des coqueluches des bailleurs
des fonds occidentaux, celui de l’Ouganda compte parmi les plus
corrompus du continent, alors que ceux du Burkina Faso et du Rwanda, de
la Tunisie sont régulièrement accusés de violer les droits de l’homme. Voyez-vous excellence, la veuille dame de la « démocratie africaine » ne fait même pas partie des élus, c’est dire que vous avez du boulot.
Au
demeurant, les seuls critères qui entrent en ligne de compte pour juger
un régime en termes de gouvernance sont : la stabilité politique
(fut-elle de type dictatorial), la rentabilité des investissements, et
le remboursement des dettes extérieures, même moyennant une forte
paupérisation de la population . la Tunisie sont régulièrement accusés de violer les droits de l’homme. Voyez-vous excellence, la veuille dame de la « démocratie africaine » ne fait même pas partie des élus, c’est dire que vous avez du boulot.
Excellence
osez affirmer le fond de votre pensée, le problème du Sénégal est
politique, la solution sera donc forcément politique.
La
bonne gouvernance c’est bien, mais une véritable démocratie c’est
encore mieux. C’est pour cela excellence, je vous attends sur le terrain
politique, mais ne vous trompez surtout pas de côté. 







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