mercredi 28 décembre 2011

Discours sur le wadisme 2

Je serai tenté de barrer l’édito sous le titre du post-wadisme, mais finalement je me suis retenu, car l’expression serait trop réductrice d’une perspective plus globale et lointaine.

Revenons un peu à l’histoire, le wadisme étais un mouvement politique, philosophique et culturel du début du siècle dernier qui tentait, après l’effondrement des idéologies de s’inscrire dans le prolongement du panafricanisme, tout en critiquant l’héritage de ses prédécesseurs, et se réclamant dans la foulée du libéralisme.  Les penseurs wadistes se situent dans la perspective du désenchantement du monde Africain après l’échec des politiques économiques, et l’émergence des utopies ethico-religieuses meurtrières du XX eme siécle.
Le wadisme, c’est l’éclatement des références temporelles : quand les préwadistes se reposaient sur la tradition et les hyperwadistes sur l’avenir, les postwadistes ont les pieds dans le vide. Le passé, où les wadistes ont été défaillants dans leur tâche, ne rallient guère, tandis que l’avenir ne réserve plus autant de promesses, dans la mesure où il est totalement incertain vu l’évolution exponentielle d’un quotidien labyrinthique. Dans ce contexte où le Sénégalais supérieur à la moyenne n’avait plus de repères, le wadisme était l’ère du retour au réalisme, comme dialectique du devenir individuel.
La recherche du bien-être individuel remplaçait la volonté de transformation de la société. Elle était aussi celle de la résurgence du thème de l’éternel recommencement.
Le mode précis de régulation des rapports sociaux découlaient de la continuation du wadisme  économique,politique et institutionnel. La tendance du mode wadique de régulation de la pratique sociale était que les actes signifiants de l’élite sont progressivement dissouts dans un ordre commun synthétique dont le mode d’opération n’est plus mesuré par rien d’autre que par leur propre taux de croissance de l’idolâtrie. L’opportunisme remplaçait la légitimité; la politique remplaçait la gestion , et nous nous retrouvions finalement  dans une organisation qui prend des décisions avec de l’information sciemment déformée. Le wadisme ainsi entendu est un mode de reproduction sociale d’ensemble, régulée de manière politico- institutionnelle plutôt que de manière décisionnelle et opérationnelle. Les conséquences pratiques de cette dissolution de la référence à la raison, c’est que les acteurs tendent à se réduire progressivement à un comportement adaptatif, que la pensée s’identifie à un calcul marginal de gain ou de perte, que les rapports humains se réduisent à la compétition ou à la concurrence et les identités ou statuts à ceux de gagnant et de perdant. Ajoutons que la raison dans une société wadiste renonce à son idéal normatif de la réalité et de vérité au profit du gain, que l’action signifiante tend à se justifier par le paradigme général de la résolution du sort individuel.
L’ère wadiste à contribuer à la fragmentation de l’individu : l’identité se fragilise. Elle se démultiplie ou se compartimente entre des attitudes diverses voire auparavant opposées.
En fonction des moments, l’individu ne se projette plus dans des modèles mais joue de sa personne à travers plusieurs masques. On tend vers une grande flexibilité identitaire
De ces fragmentations résultent non pas la fin de notre histoire politique mais la fin des modèles sociologiques, on est marabout et ministre/député… Sous la bannière égotiste du droit d’être , tous les modes de vie deviennent politiquement légitimes dès lors que….
Ainsi l’avenir de notre futur politique sera forcément construit avec cette contrepèterie qu’est le wadisme.
              
Baye Ibrahima DIAGNE 

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