Je
serai tenté de barrer l’édito sous le titre du post-wadisme, mais
finalement je me suis retenu, car l’expression serait trop réductrice
d’une perspective plus globale et lointaine.
Revenons
un peu à l’histoire, le wadisme étais un mouvement politique,
philosophique et culturel du début du siècle dernier qui tentait, après
l’effondrement des idéologies
de s’inscrire dans le prolongement du panafricanisme, tout en
critiquant l’héritage de ses prédécesseurs, et se réclamant dans la
foulée du libéralisme. Les penseurs wadistes se situent dans la perspective du désenchantement du monde Africain après l’échec des politiques économiques, et l’émergence des utopies ethico-religieuses meurtrières du XX eme siécle.
Le wadisme,
c’est l’éclatement des références temporelles : quand les préwadistes se
reposaient sur la tradition et les hyperwadistes sur l’avenir, les
postwadistes ont les pieds dans le vide. Le passé, où les wadistes ont
été défaillants dans leur tâche, ne rallient guère, tandis que l’avenir
ne réserve plus autant de promesses, dans la mesure où il est totalement
incertain vu l’évolution exponentielle d’un quotidien labyrinthique.
Dans ce contexte où le Sénégalais supérieur à la moyenne n’avait plus de
repères, le wadisme était l’ère du retour au réalisme, comme
dialectique du devenir individuel.
La recherche du
bien-être individuel remplaçait la volonté de transformation de la
société. Elle était aussi celle de la résurgence du thème de l’éternel
recommencement.
Le mode précis de régulation des rapports sociaux découlaient de la continuation du wadisme économique,politique
et institutionnel. La tendance du mode wadique de régulation de la
pratique sociale était que les actes signifiants de l’élite sont
progressivement dissouts dans un ordre commun synthétique dont le mode
d’opération n’est plus mesuré par rien d’autre que par leur propre taux
de croissance de l’idolâtrie. L’opportunisme remplaçait la légitimité;
la politique remplaçait la gestion , et nous nous retrouvions finalement
dans une organisation qui prend des décisions avec de
l’information sciemment déformée. Le wadisme ainsi entendu est un mode
de reproduction sociale d’ensemble, régulée de manière politico-
institutionnelle plutôt que de manière décisionnelle et opérationnelle.
Les conséquences pratiques de cette dissolution de la référence à la
raison, c’est que les acteurs tendent à se réduire progressivement à un
comportement adaptatif, que la pensée s’identifie à un calcul marginal
de gain ou de perte, que les rapports humains se réduisent à la
compétition ou à la concurrence et les identités ou statuts à ceux de
gagnant et de perdant. Ajoutons que la raison dans une société wadiste
renonce à son idéal normatif de la réalité et de vérité au profit du
gain, que l’action signifiante tend à se justifier par le paradigme
général de la résolution du sort individuel.
L’ère wadiste à contribuer à la fragmentation de l’individu : l’identité se fragilise. Elle se démultiplie ou se compartimente entre des attitudes diverses voire auparavant opposées.
En fonction des
moments, l’individu ne se projette plus dans des modèles mais joue de
sa personne à travers plusieurs masques. On tend vers une grande
flexibilité identitaire
De ces
fragmentations résultent non pas la fin de notre histoire politique mais
la fin des modèles sociologiques, on est marabout et ministre/député…
Sous la bannière égotiste du droit d’être , tous les modes de vie
deviennent politiquement légitimes dès lors que….
Ainsi l’avenir de notre futur politique sera forcément construit avec cette contrepèterie qu’est le wadisme.






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