mercredi 28 décembre 2011

Faire mouche

La dissymétrie prégnante et permanente entre notre indépendance politique et notre assujettissement économique a été et reste encore l’objet de questionnement de beaucoup d’africains soucieux du développement de leur continent. Plus jeune j’ai toujours traité les dominants de capitalistes, exploiteurs et de tous les autres noms d’oiseaux de mauvais augure. Quelques années passèrent, je me rendis compte que j’avais une analyse moraliste d’un phénomène purement  économique, aujourd’hui plus réaliste je fais mienne cette citation d’origine chinoise qui dit « Un chat : noir ou blanc il mangera toujours la souris ».
Ma question est simple : comment intégrer cette donnée dans une stratégie de développement national avec une option monde. Dés lors je fais appel à la transgénèse : de la souris je deviens mouche. Avez-vous observez le comportement de la mouche sur l’éléphant : disproportion incommensurable me diriez-vous. Le diptère nettoie les yeux du mammifère pour améliorer son acuité visuelle, ses oreilles pour son ouïe, sa peau pour aérer ses pores, mais ne se hasarde jamais dans sa bouche. En contrepartie de cette activité salvatrice elle en tire ses mets les plus succulents.
Cette stratégie du win-win n’est possible que sous tendue par une logique de dons contre- dons.   
Ma théorie de la mouche consiste dans un contexte mondialisé à développer nos compétences distinctives pertinentes, de les transformer en avantages concurrentiels et de les positionner sur un marché de niche.
Il est d’évidence qu’il faut créer les conditions d’émergence d’une telle stratégie. That’s the another question ?
La première des conditions est de travailler sur nous même, sur notre « intra », je ne dis pas qu’il faille s’enfermer, ce serait une hérésie, à l’heure actuelle tout système fermé est voué à l’entropie. Je pense plutôt à l’application des principes de bonne gouvernance publique et privée comme levier de développement.
Gérer très bien nos villes pour développer nos entreprises ? Cette assertion est plus pour moi un slogan qu’une interrogation, car le lien entre gouvernance locale et gouvernance d’entreprise me paraît évident.
Cependant l’analyse la problématique de la performance de l’entreprise sous un tel prisme est peu courante.
Une entreprise à l’exception de celle qui exploite une richesse naturelle préfère s’installer à Dakar qu’à Thiès, kaolack ou Tamba. D’autres entreprises porteront leur choix sur Abidjan, Accra ou Rabat que Dakar, ceci pour éviter simplement les externalités négatives ( mobilité difficile, services publics défaillants, insuffisance des infrastructures, cadre de vie délabré…). Dans un pays comme le Sénégal qui a hérité de ce jacobinisme français désuet, l’aménagement du territoire s’est toujours fait suivant une logique administrative, politique et non économique. Si on prend le secteur du tourisme la bonne gouvernance locale voudrait que les localités à vocation touristique disposent d’un plan de développement cohérent  avec un fort accent sur l’élimination des externalités négatives : mise en place de police touristique, dispositif zéro ordures…, sans oublier les externalités positives : politique d’emploi, de création d’entreprises de production et de services destinées au tourisme…
Dakar, la crasseuse, il parait que le budget pour son nettoiement est de 6 milliards l’an, avec ses 43 communes (ville de Dakar, Pikine, Guédiawaye et Rufisque), soit 139 534 880 par commune. Malgré cette somme non négligeable la ville est encore toujours sale, alors que d’autres capitales africaines avec beaucoup moins font mieux, où est la bonne gouvernance. Franchement on peut mieux faire.  
Le second estrade consiste à modifier nos rapports de partenariat avec « les organismes de coopération ». Nous définissons d’abord de manière claire nos options stratégiques et recherchons ensuite le meilleur partenaire et non l’inverse.
A titre exemple le patronat est souvent invité à participer à des meetings avec les bailleurs pour parler du secteur privé alors que la soupe est déjà prête depuis Washington, ainsi de concepteur qu’il aurait dû être, il devient suiveur.
Lorsque l’Etat privatise il préfère tourner le dos à son « patronat » et regarder vers d’autres cieux, alors que le concept d’entreprise nationale devrait être porté d’abord par les pouvoirs publics, le patriotisme économique viendra ensuite. Je n’ai rien contre les investisseurs étrangers bien  au contraire, mais dans certains secteurs d’importance capitale, ils doivent apporter un savoir faire avéré ou des moyens financiers dont les nationaux ne disposent pas, malheureusement nous ne sommes pas dans le secret des dieux. Par l’instant retenons de manière prosaïque qu’ à
la SAR l’Etat et les nationaux sont minoritaires et que l’idée de l’intérêt national y bas de l’aile, pendant ce temps les pays d’Amérique latine commettent le meurtre collectif en redéfinissant les règles de partage de la manne pétrolière avec les multinationales.
L’horizon stratégique de nos dirigeants ne dépasser guère le mandat présidentiel, l’Inde, Maurice,
la Corée, Brésil, Argentine dans tous ses pays émergent il existe un cadre de référence de leur modèle de développement national, aucun dirigeant ne peut se permettre une « manipulation génétique » du modèle.
Malheureusement faute de vision, nous sommes devenus des Economies Génétiquement Modifiables « E.G.M » à la merci d’apprentis sorciers qui ont fini par nous cloner.
Finalement, l’eau prend la forme du récipient qui la contient, nos économies sont à l’image de nos politiques.       
  
                                                             Baye Ibrahima DIAGNE

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