mercredi 28 décembre 2011

La sublimation du détail

J’étais lourdement vautré dans mon fauteuil pour suivre l’ouverture des jeux olympiques à la télévision quand subitement surgit ce nid d’oiseaux tout en feu. Je me suis dis catastrophe ! les chinois ont perdu les jeux. Mon fils me répondit que c’était un feu d’artifice. Ouf ! à la reprise de mon esprit je me suis souvenu que les feux d’artifice étaient une invention chinoise.
Ils ont réussi à mettre dans ce nid tous les grands chefs blancs pour leur offrir un spectacle éblouissant de lumière, détonnant de sons, et dense de technologie. Après l’émerveillement, place à l’inquiétude, ils ont compris. Ils ont compris que la balle a changé de camp, plus de doute possible la chine est la prochaine première puissance mondiale.
Que dire de ce cube d’eau qui abrite les piscines pour les épreuves de natation: tout simplement croquant. Si j’avais à retenir des symboles pour ces jeux, ils seront sans conteste l’eau et le feu.
Au fait, avez-vous déjà vu un oiseau faire son nid, ce vertébré ovipare dépourvu de dents est impressionnant de persévérance, de dextérité et d’ingéniosité. Brindille par brindille il arrive à construire lentement mais sûrement cet édifice complexe dans lequel chaque détail est d’une grande importance. Cette petite partie d’un ensemble qu’est le détail, est de manière irréfutable ce que déteste le plus les Sénégalais. En effet il est courant d’attendre dire pour une raison ou pour une autre « li détail la waay ». Cette répulsion du détail s’inscrit dans le registre de la négligence et du désordre qui caractérise l’environnement mental du Sénégalais.
Ainsi pour l’artisan Sénégalais la finition de l’œuvre c’est un détail, les feux de signalisation qui sont éteints partout au Sénégal (même les deux récalcitrants qui étaient devant le palais ont rendu l’âme ), c’est un détail jusqu’au ministre pour qui le temps est un détail. Dans un tel contexte il n’est nullement étonnant que le budget national soit un détail.
L’exécution du budget national reflète de manière remarquable encore une fois le comportement sénégalais face à l’argent. Cette obsession du paraître nous pousse forcément vers des comportements déviants d’une répétition pratiquement névrotique. Nous détournons, distribuons, dépensons facilement l’argent d’autrui pour se faire voir. Nous empruntons, nous quémandons, nous mentons, pleurons, nous courbons l’échine, tous ça pour paraître.
Par contre le paraître à
la Sénégalaise, c’est du détail qui est devenu une grande partie de l’ensemble.
La leçon que chaque Sénégalais devrait apprendre « par cœur » et afficher dans tous les bureaux c’est que le développement c’est de grands efforts sur de petits détail
Baye Ibrahima DIAGNE

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