mercredi 28 décembre 2011

India formula

Remercions le ciel de ce tte pétroleuse de crise, car dans les normes d’un pays normal, un tel évènement doit être une formidable opportunité d’ajustements socio-économiques. Malheureusement, encore une fois le plaisir que procure la magie du verbe mielleux va l’emporter sur l’incontournable exigence de rigueur et de réalisme dans toute action de développement. GOANA.GOANA !!!
Le Japon offre 5 000 T de riz au Sénégal. Cette litanie que nous entendons depuis bientôt un demi-siècle  renferme en elle-même toute la tragédie de notre peuple, de notre race, de notre continent. L’homme noir dans les quatre coin du monde est méprisé, déshumanisé, Non pas parce qu’il n’est pas un homme, mais parce qu’il renvoie à l’Afrique.
Monsieur le président nous sommes d’une génération qui n’a plus envie de tendre la main pour quelque raison que ce soit, même pas sous le prétexte fallacieux de la fausse urgence ou de catastrophe naturel.
Savez-vous que dans la constitution indienne il est expressément interdit à l’Etat, à fortiori  de son chef de recevoir de l’aide d’un pays étranger. Je ne sais pas vous, mais moi l’aide m’humilie au plus profond de ma dignité d’homme. Qu’on me démontre si l’indien, le Japonais, le français a une matière grise qui pèse plus de 1350g avec cent milliards de neurones en moyenne.  
Revenons à l’Inde, indépendante en 1947 soit 13 ans avant nous, un des pays qui avait le plus grand nombre de pauvres au monde ( plusieurs centaines de millions ). Aujourd’hui sur les 10 personnes les plus riches au monde 4 sont indiens. Il y a quelques semaines, le groupe indien Tata a racheté Jaguar et Land Rover à Ford. Selon la banque Goldman Sachs, l’Inde sera en 2035 la troisième économie du monde. Mittal Steel absorbe Arcelor en juillet 2006, Vijay Mallya patron de Kingfisher rachète et fonde une nouvelle écurie de formule 1 “Force India”. Tata Motors, premier constructeur indien de camions et d’autocars, dévoile
la Nano, l’automobile la moins chère du monde, à 2.500 dollars (1.600 euros). 
Aujourd’hui, Tata est le plus grand conglomérat Indien :
• 98 sociétés (thé, sel, acier, chimie, sidérurgie, télécommunications, informatique, services financiers…).
• un chiffre d’affaire de plus 28,8 milliards de dollars
• représente 3,2% du PIB indien
• 290 000 salariés
• le groupe est détenu à 60% par des associations caritatives.
• beaucoup de grandes entreprises indiennes (publiques ou privées) sont souvent contrôlées et/ou détenues par des familles. Ici la famille Tata depuis sa création.
Le groupe Tata, modèle de la réussite capitaliste à l’indienne à été créé il y a un siècle et demi. « Les indiens portent des montres Tata, boivent du thé Tata, téléphonent avec le portable Tata et prennent des bus Tata ».
La diaspora indienne, forte de 25 millions de personnes, installées dans 130 pays est très souvent aisée. Très tôt, l’Inde a compris l’importance stratégique de cette population, et commence à partir des années 1970, à définir, compter, puis enfin mettre tout en place pour « chouchouter » cette « Indiaspora ».
Dans le discours officiel cette diaspora se divise en « People of Indian Origin », personnes d’origine indienne et « Non Resident Indian », indiens non residents. Autrement dit, même les descendants des immigrés de 1ère génération, de 2ème génération et mêmes ceux d’après sont comptés en tant qu’Indiens. Une ambassade, une fête, plusieurs cérémonies sont consacrées aux relations entre ces migrants et leur pays d’origine. L’Inde a donc structuré sa diaspora pour la mettre face à ses responsabilités, et la mettre à contribution pour le développement du pays. Par exemple, il est reconnu aujourd’hui que le rôle des indiens travaillant à
la Silicon Valley a été déterminant dans le développement du secteur des logiciels, et des nouvelles technologies en Inde.
New Delhi instaure en 2003 une législation permettant aux Indiens de l’étranger de vivre, de travailler et d’investir dans leurs pays d’origine, sans préalablement requérir de visas ou de permis de travail. Une disposition qui a eu pour conséquence rapide un drainage de cerveaux imprévu et étonnant. De nombreux indo-américains et indo-européens, surtout les diplômés, sont revenus ou ont découvert leurs racines et leur pays. L’Inde a donc eu et continue à avoir cette habileté indispensable, qui manque généralement aux pays africains et qui est de savoir fédérer puis utiliser les compétences des nationaux et celles des migrants. Voilà l’une des clés des success stories indiennes. 
L’india formula n’est ni fumeuse, pétroleuse, elle est simple mais elle marche : indiaspora+capitalisme familial. A preuve W. Mart et Carrefour les leaders mondiaux de la grande distribution ont déployé des efforts incommensurables pour pénétrer l’immense marché indiens de 1.1 milliards d’individus. Les autorités indiennes ont dit niet pour la bonne et simple raison que le commerce en inde repose sur un système familial  qu’ils ne sont pas prêts de détruire.   
Baye Ibrahima DIAGNE

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