mercredi 28 décembre 2011

L’archéologie de notre mal-developpement

 
Je choisirai volontier de manière  péremptoire d’affirmer qu’aucun sénégalais ne refuse le développement compris en tant qu’état de satisfaction de nos besoins matériels et immatériels, à preuve ils sont des milliers à prendre des barques de fortunes dans l’illusion délirante de faire fortune sur l’autre rive développée.  

Je me permettrai d’être généreux avec les culturalistes en faisant abstraction des autres variables du développement, pour me concentrer essentiellement sur les aspects culturels. Mon hypothèse explicative de notre état fossilisant de mal développés est que le noyau dur de nos valeurs culturelles est inapte au développement. Autrement dit nos valeurs culturelles cardinales sont peu performantes dans un tel cadre de référence. Loin de moi l’idée d’occulter le caractère intrinsèquement dynamique de toute culture. Je retiendrai visiblement que notre mouvement ne va pas vers le progrès et le développement. Donc on ne peut pas parler de sous développement qui implique une logique graduelle dans laquelle nous serions au bas d’une échelle dont le point culminant serait un nirvana appelé le développement.
 Au-delà des disparités régionales, ethniques, voire chromatiques qui existent dans chaque pays, loin d’être toujours un facteur de repli identitaire elles peuvent constituer un liant fort lorsqu’elles sont bien « manager » par un leadership réfléchi, prospectif donc créateur d’une culture nationale forte capable d’inclure ses particularismes en force d’équilibre.

Qui est le Sénégalais du XXI siècle quelques kilos de Wolof, de litres de Halpular, de Séreer et de Diolas et des poignées de Mandiack, Sarakholés ; et un zeste de Bétick….une grosse dose de musulmans, des pincées de chrétiens. Le tout accompagné d’une bonne sauce de croyances des ancêtres ( je refuse les termes avilissants d’animisme ou paganisme ). Normalement en remuant très fort avant ouverture ce concentré devrait être homogène. Attention ! A garder dans un endroit polluant et ordurier, à consommer de préférence très chaud. Juste pour rire. Ce formidable mixeur n’est rien d’autre que la citoyenneté.
Si nous faisions une fouille archéologique de nos valeurs pour savoir ce que nous partageons en commun de positif, quelles sont nos valeurs pertinentes qu’on peut utiliser comme accélérateur de notre moteur sur la route du développement, cette dernière serait probablement plus courte.
L’histoire nous montre que la construction de la nation a toujours précédé celle de l’économie, à contrario chaque catégorie culturelle risque de ramer à contre courant et le bateau ferait du sur-place.

Je ne suis pas un Chinophile, Japonophile ou Indophile, pour prendre simplement l’exemple des puissances asiatiques, bien évidemment nous serions trop prétentieux de se comparer à  eux.
La Corée du Sud, la Malaisie, l’Indonésie, Singapour…bien que moins puissants sont également des pays développés ou presque développés, les seules poches de sous-développement sont en grande partie les anciennes colonies françaises : Laos, Cambodge, Vietnam. No comment.
L’intérêt d’une analyse comparative entre l’Asie et nous, c’est qu’ils sont les seuls non blancs  développés, pour être  moins colorés je dirai qu’ils sont les seuls à se développés avec  d’autres cultures qu’occidentales. Pourquoi  certains de ces pays qui étaient moins avancés que le Sénégal au début des années soixante, on leur tend aujourd’hui cette honteuse main pour se délecter de leurs restes ? Grâce à un leadership incontestable ils  ont su rendre leurs systèmes de valeurs dynamiques et performantes.
Chez nous avons un leadership débridé, un pouvoir autoritariste avec un Etat faible, le tout agrémenté de la sur-brillance d’un homme orchestre.
Alors que le leader est plutôt un chef  d’orchestre qui harmonise, un guide qui  trace la voierie du développement, qui sait utiliser nos « bests practices » culturels comme ressources stratégiques et  créer ainsi un effet d’entraînement d’un état d’esprit positif sur l’ensemble du corps social.
La continuation des significations sociales est aussi une relique que nous traînons comme un boulet.
Regardez le chef, c’est un micro-communautaire : lui, sa famille, son village, son ethnie et ses courtisans, la vision globale et à long terme il ne connaît pas. Lui, il est le chef de village au sommet de l’Etat, dans l’entreprise, partout et tous le temps.
Quand on va dans un pays arabe producteur de pétrole, les infrastructures sont de qualité, la distribution de la richesse n’est certes pas équitable, mais pour l’écrasante majorité les besoins incompressibles sont satisfaits. En Afrique le pétrole c’est pour une famille, le reste n’a qu’à crever. Voilà toute la différence entre nous et les autres.
De plus l’infantilisation de nos dirigeants enfonce encore plus le clou, ils ne sont jamais responsables. Le Joola qui coule, l’immigration clandestine, les délestages, les grandes entreprises qui ferment, le pillage des deniers publics…ils ne sont jamais responsables.
Cette déresponsabilisation des dirigeants face au destin de leur pays est probablement l’un des virus les plus résistants de cette maladie appelée mal gouvernance. Souvenez-vous de la crise économique à la fin des années soixante, tandis que l’Asie inventa des solutions endogènes, les africains ce sont jetés armes et bagages avec les yeux larmoyants aux bailleurs en leur disant réfléchissez pour nous.   
Avant il y en avait que pour les Français qui réfléchissaient et faisaient pour nous, ils ont déjà fait le plein, aujourd’hui ce sont les marocains, demain à qui le tour ?   
                                                            Baye Ibrahima DIAGNE

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