Je choisirai volontier de manière péremptoire
d’affirmer qu’aucun sénégalais ne refuse le développement compris en
tant qu’état de satisfaction de nos besoins matériels et immatériels, à
preuve ils sont des milliers à prendre des barques de fortunes dans
l’illusion délirante de faire fortune sur l’autre rive développée.
Je
me permettrai d’être généreux avec les culturalistes en faisant
abstraction des autres variables du développement, pour me concentrer
essentiellement sur les aspects culturels. Mon hypothèse explicative de
notre état fossilisant de mal développés est que le noyau dur de nos
valeurs culturelles est inapte au développement. Autrement dit nos
valeurs culturelles cardinales sont peu performantes dans un tel cadre
de référence. Loin de moi l’idée d’occulter le caractère intrinsèquement
dynamique de toute culture. Je retiendrai visiblement que notre
mouvement ne va pas vers le progrès et le développement. Donc on ne peut
pas parler de sous développement qui implique une logique graduelle
dans laquelle nous serions au bas d’une échelle dont le point culminant
serait un nirvana appelé le développement.
Au-delà
des disparités régionales, ethniques, voire chromatiques qui existent
dans chaque pays, loin d’être toujours un facteur de repli identitaire
elles peuvent constituer un liant fort lorsqu’elles sont bien
« manager » par un leadership réfléchi, prospectif donc créateur d’une
culture nationale forte capable d’inclure ses particularismes en force
d’équilibre.
Qui
est le Sénégalais du XXI siècle quelques kilos de Wolof, de litres de
Halpular, de Séreer et de Diolas et des poignées de Mandiack,
Sarakholés ; et un zeste de Bétick….une grosse dose de musulmans, des
pincées de chrétiens. Le tout accompagné d’une bonne sauce de croyances
des ancêtres ( je refuse les termes avilissants d’animisme ou paganisme
). Normalement en remuant très fort avant ouverture ce concentré devrait
être homogène. Attention ! A garder dans un endroit polluant et
ordurier, à consommer de préférence très chaud. Juste pour rire. Ce
formidable mixeur n’est rien d’autre que la citoyenneté.
Si
nous faisions une fouille archéologique de nos valeurs pour savoir ce
que nous partageons en commun de positif, quelles sont nos valeurs
pertinentes qu’on peut utiliser comme accélérateur de notre moteur sur
la route du développement, cette dernière serait probablement plus
courte.
L’histoire
nous montre que la construction de la nation a toujours précédé celle
de l’économie, à contrario chaque catégorie culturelle risque de ramer à
contre courant et le bateau ferait du sur-place.
Je
ne suis pas un Chinophile, Japonophile ou Indophile, pour prendre
simplement l’exemple des puissances asiatiques, bien évidemment nous
serions trop prétentieux de se comparer à eux.
La Corée du Sud, la Malaisie, l’Indonésie, Singapour…bien que moins puissants sont
également des pays développés ou presque développés, les seules poches
de sous-développement sont en grande partie les anciennes colonies
françaises : Laos, Cambodge, Vietnam. No comment.
L’intérêt d’une analyse comparative entre l’Asie et nous, c’est qu’ils sont les seuls non blancs développés, pour être moins colorés je dirai qu’ils sont les seuls à se développés avec d’autres cultures qu’occidentales. Pourquoi certains
de ces pays qui étaient moins avancés que le Sénégal au début des
années soixante, on leur tend aujourd’hui cette honteuse main pour se
délecter de leurs restes ? Grâce à un leadership incontestable ils ont su rendre leurs systèmes de valeurs dynamiques et performantes.
Chez
nous avons un leadership débridé, un pouvoir autoritariste avec un Etat
faible, le tout agrémenté de la sur-brillance d’un homme orchestre.
Alors que le leader est plutôt un chef d’orchestre qui harmonise, un guide qui trace la voierie du développement, qui sait utiliser nos « bests practices » culturels comme ressources stratégiques et créer ainsi un effet d’entraînement d’un état d’esprit positif sur l’ensemble du corps social.
La continuation des significations sociales est aussi une relique que nous traînons comme un boulet.
Regardez
le chef, c’est un micro-communautaire : lui, sa famille, son village,
son ethnie et ses courtisans, la vision globale et à long terme il ne
connaît pas. Lui, il est le chef de village au sommet de l’Etat, dans
l’entreprise, partout et tous le temps.
Quand
on va dans un pays arabe producteur de pétrole, les infrastructures
sont de qualité, la distribution de la richesse n’est certes pas
équitable, mais pour l’écrasante majorité les besoins incompressibles
sont satisfaits. En Afrique le pétrole c’est pour une famille, le reste
n’a qu’à crever. Voilà toute la différence entre nous et les autres.
De
plus l’infantilisation de nos dirigeants enfonce encore plus le clou,
ils ne sont jamais responsables. Le Joola qui coule, l’immigration
clandestine, les délestages, les grandes entreprises qui ferment, le
pillage des deniers publics…ils ne sont jamais responsables.
Cette
déresponsabilisation des dirigeants face au destin de leur pays est
probablement l’un des virus les plus résistants de cette maladie appelée
mal gouvernance. Souvenez-vous de la crise économique à la fin des
années soixante, tandis que l’Asie inventa des solutions endogènes, les
africains ce sont jetés armes et bagages avec les yeux larmoyants aux
bailleurs en leur disant réfléchissez pour nous.
Avant
il y en avait que pour les Français qui réfléchissaient et faisaient
pour nous, ils ont déjà fait le plein, aujourd’hui ce sont les
marocains, demain à qui le tour ?
Baye Ibrahima DIAGNE







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